L'Eglise et la démocratie au Bénin : Mgr Isidore de Souza au coeur de la transition (1989-1993)

par Israël Mensah

Thèse de doctorat en Théologie catholique. Histoire de l'Eglise

Sous la direction de Roland Minnerath.

Soutenue en 2006

à Strasbourg 2 , en partenariat avec Université Marc Bloch. Faculté de théologie catholique (Strasbourg) (autre partenaire) .


  • Résumé

    Dans un monde où la recherche du pouvoir s'accompagne tellement souvent de violence, de barbarie, de corruption et autres marques de perte de la dignité humaine, le petit pays du Bénin est signe d'espérance. Dans une Afrique dominée par les luttes ethniques allant jusqu'au génocide, cette nation de six millions d'habitants parlant 6 langues et 58 dialectes, en dehors du français, la langue officielle, a donné la preuve qu'il est possible d'apaiser les haines et de rassembler les frères ennemis pour la construction du bien commun. Au début de l'année 1990, il est passé en quelques semaines d'un régime marxiste-léniniste totalitaire à une réelle démocratie dans une société pluraliste. Ce "miracle" qui a mobilisé toutes les Forces Vives de la Nation a été rendu possible grâce à l'influence de l'Église catholique sur l'ensemble de la société et au charisme d'un homme, l'archevêque coadjuteur de Cotonou, Mgr de Souza. En s'enracinant dans la doctrine sociale de l'Église romaine, développée tout au long du XXe siècle, les chrétiens ont fait une œuvre remarquable en matière d'éducation, de santé, de lutte contre le chômage, de la condition de la femme. L'Église a ainsi étendu son influence sur tous les groupes sociaux, bien qu'elle reste minoritaire en terme démographique. Elle a mobilisé nombre d'intellectuels pour réfléchir à la résistance possible au régime dictatorial, et s'est ainsi trouvée prête au moment opportun. Le Président Kérékou a entendu les revendications qui s'exprimaient de plus en plus à haute voix. Devant le risque de banqueroute de l'État, il a voulu mobiliser toutes les énergies du pays et des béninois expatriés. Il a convoqué une Conférence nationale au sein de laquelle toutes les tendances politiques, philosophiques et religieuses ont été représentées. Au cœur des pressions intenses de son parti et celles de l'extérieure, notamment de la France, le général Kérékou a su laisser la nation choisir son avenir, aidé sur cette voie par Mgr de Souza qui avait été porté à la présidence de la Conférence nationale. L'archevêque de Cotonou a su respecter la dignité de chacun des représentants du peuple. Enraciné en Jésus Christ, vivant chaque minute dans la prière et l'espérance, par son regard positif et confiant posé sur chaque personne, il a su éveiller en chacun le meilleur. Par son calme et son exigence morale, par sa totale neutralité, il n'a eu d'autre but que le bien de la nation et il a su éviter tous les écueils et conduire son pays vers la liberté. Par ailleurs a échappé au piège de l'attrait du pouvoir et, après avoir mis en place les institutions démocratiques, il s'est à nouveau consacré entièrement à sa mission de pasteur qu'il n'avait délaissée à aucun moment. Ce qui est sans doute le plus remarquable et qui peut avoir des conséquences bénéfiques sur tout le Continent africain, c'est la conviction de Mgr de Souza que les Africains sont capables de prendre en main leur propre destinée en s'appuyant certes sur l'aide des pays riches mais en étant les principaux acteurs de leur redressement. L'archevêque de Cotonou le leur a prouvé. Il est important que le Bénin, l'Afrique et le monde garde mémoire de cette épopée et des leçons d'humanité que l'on peut en tirer. Ce travail a voulu rassembler les éléments de base qui peuvent permettre à des chercheurs d'aller plus loin dans l'analyse et d'éclairer le débat sur l'opportunité pour les membres de la hiérarchie de l'Église (ou des Églises) de prendre une part directe dans la destinée de leur pays.

  • Titre traduit

    Church and democracy in Benin : the Lord Bishop Isidore de Souza in the heart of the transition (1989-1993)


  • Résumé

    In a world where the pursuit of power is so often accompanied by violence, savagery and corruption and other attacks on human dignity, the small country of Benin is a sign of hope. In an Africa dominated by ethnic wars going as far a genocide, this nation of six million people, 6 main languages, 58 dialects, outside of French, the official language, has proven that it is possible to soften the feelings of hatred and unite enemies for the construction of the common good. At the beginning of 1990, in the space of a few weeks, the country went from being a totalitarian Marxist-Leninist regime to a real democracy in a pluralistic society. This “miracle” which mobilized all the “Living Forces of the Nation” was made possible thanks to the influence of the Catholic church throughout society and the charisma of one man, the archbishop of Contonou, Monsignor de Souza. Taking his inspiration from the social doctrine of the roman Church, developed all though the 20th century, Christians made remarkable achievements in the areas of education, health, the fight against unemployment and the conditions of women. The Church succeeded in spreading its influence over all the social groups in spite of the fact that if remains a minority in terms of population. It mobilized the intelligencia and encouraged them to think of ways of resisting the dictatorial regime in power. As a result they were ready to act when the opportunity presented itself. The president Kérékou listened to the claims which were increasing and becoming louder all the time. Threatened by the bankruptcy of the state, he decided to mobilize all the population including the expatriates. He called for a national Conference where all the political, philosophical and religious tendencies were represented. In spite of intense pressure from his party and from outside of Benin, notably France, General Kérékou permitted the nation to chose its future, assisted by Mgr de Souza who was presiding over the national Conference. The archbishop of Cononou respected the dignity of each representative of the people. Inspired by Jesus Christ, living each minute in prayer and hope, by his positive and confident attitude toward each person, he succeeded in bringing out the best in everyone. By his calm and moral exactitude and his total neutrality, with only the good of the nation at heart, he succeeded in avoiding all the pitfalls and leading the country towards freedom. Moreover, he avoided the trap of the pursuit of power and after instituting democratic institutions, he once again devoted himself entirely to his priestly mission which he had never neglected at any time. Undoubtedly, the most remarkable aspect of what has happened and something that can have beneficial consequences on the rest of Africa is Mgr de Souza’s conviction that Africans are capable of taking their own destiny in hand, with the help of the richer nations, while still remaining the principal actors of their recovery. The archbishop of Cotonou has proven it. It is important that Benin, Africa and the rest of the world remember this period and the lessons for humanity. This thesis sets out to assemble the basic elements to permit researchers going further in their analysis and to highlight the debate on the opportunity for the members of the Church (or Churches) to get directly involved in the destiny of their country.

Autre version

Cette thèse a donné lieu à une publication en 2011 par Éd. Karthala à Paris

Isidore de Souza, figure fondatrice d'une démocratie en Afrique : la transition politique au Bénin, 1989-1993


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Informations

  • Détails : 1 vol. (393 f.)
  • Notes : Publication autorisée par le jury
  • Annexes : Bibliogr. f. 358-379

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