La mise en mots de la mort : l'oeuvre d'Alphonse Daudet

par Isabelle Droit

Thèse de doctorat en Langue, littérature et civilisation françaises

Sous la direction de Daniel Compère.

Soutenue en 2006

à Paris 3 .


  • Résumé

    Il peut sembler incongru de vouloir étudier l’esthétique de la mort dans l’œuvre d’Alphonse Daudet. En effet, à cause de sa renommée souvent réduite aux Lettres de mon moulin et au Petit Chose, cet auteur a trop souvent été présenté comme l'archétype du joyeux provençal qui, dans un moulin griffonne quelques lettres un brin de blé aux lèvres. Pourtant, la mort est omniprésente dans son œuvre. Protéiforme, elle affecte tous les genres et toutes les situations. Chez Daudet, cette poétique de la mort est indissociable du contexte littéraire dans lequel s’inscrit son œuvre, celui du naturalisme. Comme les naturalistes, Daudet rejette l’idéalisme romantique d’une mort comme sublimation et transformation. Il refuse également l’imaginaire débridé et paroxystique du roman populaire, tout comme les meurtres atroces du grand guignol sanguinolent. En revanche, il utilise la mort comme ressort dramatique et comme procédé romanesque de clôture. Il témoigne également d’une sobriété certaine dans l’écriture de la mort. La mort fonctionne aussi chez Daudet comme un révélateur, le reflet d’une société marquée par ses inégalités sociales, son pessimisme et son désenchantement. Mais loin de prôner un pessimisme radical, Daudet le dénonce et récuse l’absurdité sans appel d’une vie conçue comme une souffrance éternelle. La mort engendre alors un double mouvement d’adhésion et de mise à distance. Elle génère une tension entre sens et absurde. Elle présente une libération paradoxale en même temps qu’elle exprime l’absurdité de la condition humaine. Mais, autre paradoxe, par son absurdité même la mort impose un sens à la vie. La singularité de la vision de la mort et de la vie dans l’œuvre de Daudet vient de son expérience personnelle de la maladie qui lui fait affronter la mort bien plus qu’un théoricien ne pourrait le faire. L’ambivalence de sa vision de la mort fait de Daudet un témoin lucide qui regarde à distance une époque instable où les valeurs se transforment et où le sens de la vie et de la mort en crise se cherche.

  • Titre traduit

    Phrasing death : the works of Alphonse Daudet


  • Résumé

    It may appear unseeming to want to study the esthetics of death in Alphine Daudet’s works. Effectively, because of his reputation repeatedly reduced to his works Lettres de mon moulin and Petit Chose, the author has been often presented as the stereotype of a joyful provincial who scribbles a few letters in a barn with a piece of straw hanging from his lips. However, death is omnipresent in his works. Protean, death affects all the genres and all situations. In Daudet, this poetry of death is an integral part in the literary context of his works, that of naturalism. Like the naturalists, Daudet rejects the romantic idealism of death as sublimation and transformation. He also refuses the unrestrained, intense imaginary of the popular novel, just as he rejects the bloody atrocious murders of the grand puppet. On the contrary, he uses death as a dramatic motivation and as a romantic closing procedure. He also shows a certain restrain in writing about death. Thus, death for Daudet, functions as a revelation, the reflection of a society marked by its social disparities, by his pessimism and his disillusionment. But far from advocating a radical pessimism, Daudet deplores and challenges the absurdity without appeal of a life conceived for eternal suffering. Death therefore creates a double movement of adhesion and refutation. Death engenders strain between reason and the absurd. Death represents a paradoxical liberation at the same time as it expresses the absurdity of the human condition. Further, another paradox, by its own absurdity, death imposes a meaning to life. The singularity of Daudet’s vision of life and death emanates from his personal experiences with illness that confronted him face to face with death in a way that no theoretician could do. The ambivalence of his vision of death presents Daudet as a lucid witness who looks on an unstable epoch in which values are changing and where the meaning of life and death, in crisis, is looking for an answer.

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Informations

  • Détails : 1 vol. (417-72 f.)
  • Notes : Publication autorisée par le jury
  • Annexes : Bibliogr. f. 396-416. Index

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