Esthétiques du "roman-théâtre" chez Angela Carter

par Julie Sauvage

Thèse de doctorat en Littérature britannique

Sous la direction de Bernard Gilbert.

Soutenue en 2006

à Bordeaux 3 .


  • Résumé

    Ce travail étudie les esthétiques de la théâtralité dans les romans d’Angela Carter à partir du « roman-théâtre » défini par Anny Sadrin. Le roman cartérien se caractérise par son oscillation entre deux grands modèles esthétiques théoriques du théâtre, présence et représentation, définis par la place du spectateur. La première partie examine la notion picturale de tableau, empruntée par le roman sous la forme de l’ekphrasis, et par le théâtre avec le tableau vivant. La coexistence problématique des arts du temps et de l’espace dans le roman assure le passage de la nature morte au tableau vivant : dans le récit, l’image manifeste un corps animé et maintient la lecture en tension entre distance et proximité. La seconde partie étudie la conception théâtrale du corps chez Carter, qui puise paradoxalement aux racines sacrificielles de cet art pour permettre au sujet d’y trouver un espace de liberté. Matériel, mortel, mais relevant du langage, le corps permet au sujet de se produire en jouant des signes, ce qui implique une vision anti-essentialiste du genre (gender). Elle repose sur un rejet de l’assimilation du féminin au corps matériel, motivant une critique du carnavalesque bakhtinien. L’étude du corps représenté dans les romans permet d’examiner, dans la troisième partie, comment le corps devient un mode de relation avec le lecteur, sous l’espèce du simulacre. Simulacres de présences corporelles, les voix elles-mêmes simulées par le texte maintiennent le lecteur en équilibre instable entre présence et absence. Critiquant les théories féministes de la voix, le « roman-théâtre » cartérien appelle pourtant une mise en voix où le lecteur se produit tel un acteur.

  • Titre traduit

    The aesthics of the "dramatic novel" in Angela Carter's works


  • Résumé

    This study of the aesthetics of theatricality in Angela Carter’s novels takes Anny Sadrin’s definition of the ‘theatrical’ novel as a starting-point. Resorting to this dramatic sub-genre of the novel, in which the text is performed on the reader’s ‘inner scene’, Carter maintains a tension between the main aesthetic theoretical models of presence and representation. The first part analyses the notion of tableau, borrowed from painting by both the novel and the theater, as well as the relationship between narrative and image that it creates within the novel. Carter overcomes the opposition of spatial to temporal arts by imparting the specific rhythm of images to the narrative, presenting them as manifestations of a living body and turning still lives into tableaux. The second part examines Carter’s conception of the body as represented in her novels and shows that its paradoxical theatricality rests on the main metaphors of petrification and cannibalism. The author goes back to the roots of the theater as a ritual sacrifice to define a space for the recreation of a free subject. Undeniably mortal and material, but belonging to the realm of language and discourse, the body provides the basis for the reinvention of a performing subject playing with signs to produce his/her identity – a view at odds with the assimilation of the feminine to the material that seems to underly the Bakhtinian notion of the carnivalesque. This finally allows to examine how Carter turns reading itself into a bodily process, presenting her ‘dramatic novels’ as simulacra of voices. Her texts literally call for a performing reader, thus made to produce his/her identity through reading, like an actor.

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Informations

  • Détails : 1 vol. (481 p.)
  • Notes : Publication autorisée par le jury
  • Annexes : Bibliogr. : f. 451-481

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