L' "herméneutique littérale" : subversion du discours chrétien, modélisation scientifique, et religion de la Parole dans l'oeuvre de Francis Ponge

par Lionel Cuillé

Thèse de doctorat en Lettres modernes

Sous la direction de Jean-Marie Gleize.

Soutenue en 2003

à Lyon, Ecole normale supérieure , en partenariat avec École normale supérieure-Lettres et sciences humaines (Lyon) (autre partenaire) .


  • Résumé

    Ponge a été étudié à la lumière d'une logique de l'"imitation". Or l'écrivain déclare qu'il "interprète" la somme des expériences, mais aussi la "notion" de la chose dans la culture, dans la langue, et dans le dépôt des savoirs du Littré où les emplois du mot déploient une véritable histoire des idées. Ponge est matérialiste car il "désaffuble" les notions informées par une représentation chrétienne du monde qui sous-tend les anciennes "antinomies" (entre le corps et l'esprit par exemple). Héritier de Voltaire, il procède à une lecture littérale de la Bible tout en parodiant l'apologétique des "Pensées" de Pascal. Il opère en outre une "reconversion" du bestiaire chrétien, et reprend à son compte la critique marxiste du philosophe Bernard Groethysen pour mieux dénoncer la nouvelle religion du Travail. L'envers de cette critique du discours chrétien, c'est la prise en compte de modèles de positivité, comme théorie darwinienne qui informe sa représentation du vivant. Mais le moraliste se heurte à la problématique du darwinisme social; et surtout il ne peut qu'avouer les limites d'une démarche qui se situe en amont du "nouvel esprit scientifique" selon Bachelard. Pour légitimer la spécificité de la Parole, Ponge transfère le discours chrétien en faveur d'une religion de l'Art, afin de manifester son propre pouvoir herméneutique, et de louanger la Parole. A partir des analyses de Michel Foucault, il apparaît que la représentation chez Ponge fait miroiter deux régions du savoir : d'une part l'épistémè des similitudes où la chose fait signe sur l'ancienne Loi du christianisme; et d'autre part l'épistémè de l'âge classique où l'écrivain ambitionne de désigner scientifiquement la "qualité différentielle" de la chose. Contre l'approche phénoménologique et structuraliste, la "poésie" comme mode de connaissance s'impose ainsi comme une herméneutique littérale de la notion.

  • Titre traduit

    "Literal hermeneutics : the subversion of christian discourse, the interrogation of scientific models, and the religion of the word in the work of Francis Ponge


  • Résumé

    Ponge has traditionally been studied according to a logic of "imitation". Yet the writer declares that he "interprets" both the sum of his experiences of an object and the "notion" of the object in culture, in language, and in the compiled knowledge of the "Littré", in wich the various usages of the world reveals a veritable history of ideas. Ponge is materialist in the sense that he demythologizes notions informed by the Christian representation of the world that lies beneath ancient antinomies, such as that which opposes body and soul. The heir of Voltaire, he performs a literal reading of the Bible while parodying the defense of religion in the "Pensées" of Pascal. He executes, moreover, a "reconversion" of the Christian bestiary and appropriates the marxist criticism of the philosopher Bernard Groethuysen to denounce the new religion of Work. The flip side of Ponge's subversion of religious discourse is his consideration of positive models, such as the darwinian theory that informs his representation of fauna and flora. Yet the moralist not only encounters the problem of social darwinism, but is forced to acknowledge the limits of a method that pre-dates the "new scientif spirit" according to Bachelard. In order to legitimize the specificity of the Word, Ponge invokes Christian discourse to describe artists, thereby creating a religion of Art through which he expresses his own hermeneutic power and sings his own praises. Drawing on Foucault's "Les mots et les choses", I suggest that representation in Ponge's poetry enables us to glimpse two domains of knowledge : on the one hand tqhe "épistémè" of similitudes, where the objects reflects the ancient Law of christianity; on the other the classical "épistémé", where the writer strives to classify the " differential quality" of the object scientifically. In opposition to phenomenological and structuralist approaches to Ponge, I argue that Ponge's poetry as mode of knowledge should be read as a literal hermeneutic of the notion.

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Informations

  • Détails : 2 vol. (583 f.) f.
  • Notes : Publication autorisée par le jury
  • Annexes : Bibliogr. f.568-582.

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  • Bibliothèque : Bibliothèque Diderot LSHS (Lyon).
  • Disponible pour le PEB
  • Cote : THE 73
  • Bibliothèque : Bibliothèque Diderot Centre Doc Recherche (Lyon).
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  • Cote : PON T 2003 CUI (1)
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  • Non disponible pour le PEB
  • Cote : PON T 2003 CUI (2)
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