Élections et communication politique dans le Maroc rural : une investigation dans une région du moyen Atlas (Ribat El Kheir)

par Mériem Hamimaz

Thèse de doctorat en Sciences de l'information et de la communication

Sous la direction de Jean Mouchon.

Soutenue en 2001

à Paris 10 .


  • Résumé

    L'objectif de ce travail est de proposer une grille renouvelée d'analyse de la communication politique au Maroc à travers l'expérience comparée des élections législatives dans une région rurale et montagnarde du Moyen Atlas marocain. Cette lecture n'est possible, selon nous, qu'en recourant à des instruments qui dépassent les limites des schémas de compréhension issus des sciences de la communication. Celles-ci, en effet, nous paraissent trop éloignées des réalités des sociétés de tradition. Dans un premier chapitre nous essayons de justifier les emprunts théoriques, conceptuels et méthodologiques retenus, largement inspirés par les apports des analyses sociologiques et anthropologiques. Les analyses de Goffman et surtout Pierre Bourdieu s'avèrent utiles ainsi que le recours aux travaux de Georges Balandier et de Jean Lohisse. Nous avons essayé de montrer qu'au niveau local (région montagnarde) l'essentiel de la communication politique est dans les rituels d'interaction et les conditions socio-anthropologiques qui rendent possibles ces rituels et leur donnent tout leur sens. Les deux chapitres suivants analysent les différents niveaux de communication politique qui se présentent en escalier. Ainsi l'analyse de l'espace socio-politique montre l'importance du rôle du Roi en tant que déterminant les règles du jeu politique tolérées et constamment «réactualisées» pour les autres acteurs autorisés. Mais bien plus, la communication monarchique, analysée à travers les discours royaux, est fortement inspiratrice de la communication des partis politiques. Celle-ci s'appuie sur une argumentation dont la source fondatrice est le discours royal. Ainsi, il est donc possible d'avancer à la lumière de l'analyse des contenus comparés des discours, que les grands thèmes des dernières élections doivent la possibilité de leur développement à «l'initiation monarchique». C'est le cas de la reconnaissance du berbère comme élément constitutif de l'authenticité marocaine, de la lutte contre le chômage, de la restauration de la dignité de ceux qui en souffrent, ainsi que de la solidarité avec le monde rural. Dans le dernier chapitre, on s'attache à dégager les spécificités de la relation électorale en milieu rural à travers l'interaction électeurs-élus. C'est le troisième niveau de la communication politique, fortement déconnecté du niveau précédent c'est-à-dire de la communication des partis politiques. Autrement dit, il est difficile d'établir clairement toute relation organique du candidat au parti, de même que toute référence aux idéaux politiques exprimés au niveau national par les «leaders charismatiques». La raison tient à ce que la relation électorale, dont le réalisme est une caractéristique fondamentale, a besoin de s'appuyer sur des réalités socio-anthropologiques dont les discours nationaux des formations politiques ne rendent aucunement compte. Ces réalités intègrent, selon une dynamique subtile, des facteurs tels que la dimension monétaire, le facteur ethnolinguistique, le facteur religieux et hagiographique, la relation à l'étiquette politique, la précarité rurale, la relation imaginaire au mode de vie urbain, etc. Progressivement la nature de cette communication s'éclaire à la lumière du déroulement de véritables rituels d'interaction qui ne sont intelligibles qu'au regard des croyances, règles et autres spécificités socio­anthropologiques de cette région d'étude où tribus arabes et berbères coexistent depuis des siècles.

  • Titre traduit

    Elections and political communication in the rural Morocco : an investigation in a region of the medium Atlas (Ribat El Kheir)


  • Résumé

    The objective of this research is to propose an analysis of the political communication in Morocco through the comparative experience of the legislative elections in a rural and mountain area of the Moroccan Atlas. This reading is possible, only with the help of instruments which exceed the limits of the schemes of comprehension resulting from communication sciences. Those, indeed, appear far away from the realities of the traditional societies. In a first chapter, we try to justify the conceptual and methodological aspects, largely inspired by the contributions of sociological and anthropological analysis. The analysis of Goffman and especially Pierre Bourdieu prove to be useful as well as the work of George Balandier and Jean Lohisse. We tried to show that at the local level (mountaineous area), the essence of the political communication resides in the rituals of interaction and the socio­anthropological conditions that make possible these rituals and give them ail their meaning. The two following chapters analyse the various levels of political communication which arise in side-stepping. Thus, the analysis of the socio-political framework shows the importance of the role of the King as a determinant factor of the rules of the political game tolerated and constantly " updated " for the other legal actors. But much more, the monarchical communication, analysed through the royal discourses, is strongly inspiring the communication of the political parties. The communication is based on an argumentation whose origin is the royal discourse. It is thus, important to stress the point that the broad topics of the last elections owe the possibility of their development to the " monarchical initiation". It is the case of the recognition of Berberity like a component of the Moroccan authenticity, of the struggle against unemployment, the restoration of the dignity of those who suffer from exclusion, as well as the solidarity with rural areas. In the last chapter, we endeavour to draw specificities of the electoral relation in rural areas through the interaction of electors-elected. It is the third level of the political communication, strongly disconnected from the preceding level, that is, of the communication of the political parties. In other words, it is difficult to establish any organic relation of the candidate to the party, as well as any reference to the political ideals expressed at the national level by the " charismatic leaders ". The reason is that the electoral relation, whose realism is a fundamental characteristic, needs to be based on socio-anthropological realities that the national discourses of the political leaders are not taken into account. These realities encompasse, according to a subtle dynamic, factors such as financial aspects, the ethnolinguistic factor, the religious and hagiographic factor, the relation with the political label, the rural precariousness, the imaginary relation with the urban way of life, etc. Gradually, the nature of this communication lights and appears through the ritual of interaction which is understandable only in comparison with the beliefs, rules and other socio-anthropological specificities of this mountainous area of study where Arab and Berber tribes coexist since centuries.

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Informations

  • Détails : 1 vol. ([220] f.)
  • Notes : Thèse non corrigée
  • Annexes : Bibliogr. f. 1-12

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  • Non disponible pour le PEB
  • Cote : T 01 PA10-213
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