L'art comme pratique de la joie (l'exemple de la musique classique de l'Inde du nord)

par Nicolas Go

Thèse de doctorat en Philosophie

Sous la direction de Iégor Reznikoff.

Soutenue en 2001

à Paris 10 .


  • Résumé

    Tous nous connaissons la joie, mais nuancée par la conscience de notre finitude. L'idée d'une joie parfaite, dont Spinoza nous dit qu'elle est sagesse, apparaît le plus souvent suspecte. La seule sagesse que l'on accorde d'ordinaire, c'est la lucidité. Le sens, privilège de l'homme, est aussi paradoxalement son préjudice. Qui oserait en effet sans arrogance prétendre au bonheur? On peut bien s'arranger avec "les joies de l'existence", mais ce qui en revanche paraît plus problématique, c'est la possibilité singulière de la joie tant y fait obstacle l'existence de la violence et du mal. Pourtant, pensée comme affect et non plus simplement comme affection, elle se révèle fondatrice en ce qu'elle n'exige aucune cause extérieure, présence dans son rapport d'immédiateté à l'instant vécu, passage de la douleur à la sagesse, et puissance de conversion et d'action ; cette puissance s'offre à l'exercice d'une praxis, affirmatrice et créatrice, ayant comme terrain l'ensemble du réel, et la joie elle-même pour l'objet. Parce que la joie, recel énigmatique de la conscience, est irréductible au concept, elle impose d'examiner l'expérience : l'interrogation porte sur l'art, la demeure propre de l'affect, pour tenter de dégager sa relation privilégiée au sacré, au silence et au corps. En peinture nous avertit Merleau-Ponty, la pensée se fait geste. En musique, elle se fait résonance. Pratiquer le geste, pratiquer la résonance, telle pourrait être la tâche de l'artiste. Pratiquer la joie dans le geste, dans la résonance, ou dans leur contemplation, celle du sage? Un détour heuristique par la philosophie esthétique et la musique savante de l'Inde du nord renforce la signification de la joie et de sa pratique : comprise sous la catégorie de la "béatitude", érigée en substantialité même de l'expérience esthétique, elle paraît alors se concevoir comme un sens possible pour l'art.

  • Titre traduit

    Art as a practice of joy (the example of classical music from northern India)


  • Résumé

    Everyone experiences joy, yet still conscious of being finit. The idea of perfect joy, referred to as wisdom by Spinoza, is commonly regarded as dubious. The only wisdom that we usually indulge in is lucidity. Paradoxically, meaning, man's privilege, is also his prejudice. For, who could dare to lay claim to happiness if not with arrogance ? One can surely make do with «the Joys of Existenc », but what seems more problematic is the singular possibility of joy, thowrted as it is by the prevalence of violence and evil. However, if considered as affect rather than as mere affection, it can turn into a founding force, in that it requires no external cause, a presence in its immediate link to the instant lived, a passage from suffering to wisdom and a force of conversion and action ; such force fits in with a practice of a praxis, assertive and creative, whose field of application is the entire reality and whose object is joy itself. An enigmatic affect of conscience, joy can't be reduce to any concept and requires thus the examination of experience : the question deals with art, the very shelter of affect, in order to try and point out its particular relationship to the sacred, the silence and the body. According to Merleau-Ponty, in painting, thought becomes gesture. In music, it becomes resonance. Practising gesture, practising resonance, such could be the artist's task. Practising joy in gesture, in resonance or in their contemplation, could this be the wise's ? A heuristic detour through aesthetic philosophy and Classical Music from Northern India highlights the meaning of joy and of its exercise : falling into the category of bliss, raised to the very substantiality of aesthetic experience, it can be regarded then as a possible meaning for art.

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Informations

  • Détails : 344 f.
  • Notes : Publication autorisée par le jury
  • Annexes : Bibliogr. f. 331-341. Index

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  • Bibliothèque : Université Paris Ouest Nanterre La Défense. Service commun de la documentation.
  • Disponible pour le PEB
  • Cote : T 01 PA10-50
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