La perception de l'océan par les Cambodgiens

par Jacques Dolias

Thèse de doctorat en Études khmères

Sous la direction de Pierre Lucien Lamant.

Soutenue en 2001

à Paris, INALCO .


  • Résumé

    A l'origine de cette étude des rapports que peuvent entretenir les Cambodgiens avec l'océan, figure d'abord un paradoxe. Comment se fait-il que ce peuple dont toute l'économie s'organise autour de la rizière, dont la vie est centrée sur le village, dont bon nombre d'activités sont terrestres, et de surcroît fermement attaché aux esprits tutélaires de sa terre, développe par ailleurs dans ses mythes, ses contes, son art, tout un discours où figurent en bonne place animaux marins, êtres fabuleux amphibies, les nâgas, mi-serpents, mi-humains, ou ces crocodiles monstrueux dont le corps soudainement emprisonné dans un océan devenu solide se transforme en montagnes ? Tout vient sans doute d'une constatation : physiquement le pays khmer est périodiquement noyé sous les eaux avec le débordement du lac central. Ce phénomène a sa correspondance légendaire, puisque, à l'origine, le pays naît de l'alliance d'un brahmane avec une nâgî, dont le père ordonne à ses troupes de pomper l'eau de ce qui sera le royaume khmer. Dès lors, les rois d'Angkor n'auront qu'une obsession : maintenir symboliquement leur territoire hors de l'eau. Pour cela ils iront chercher en Inde leurs mythes conservateurs. Le peuple khmer va les suivre, mais n'oubliera pas ses croyances anciennes ; sous les mythes importés transparaissent les vieilles légendes. Pour les gens de la rizière, la montagne surgie du fonds des océans est issue du sacrifice d'un crocodile qui est peut être leur ancêtre. La précarité de leur environnement et l'histoire de la nâgî leur inspire des rites de ségrégation pour "sortir de l'eau", des coutumes pour fixer le territoire, pour prendre leurs distances avec cet océan qui les menace mais dont ils font aussi le domaine de leurs fantasmes. Les îles, les fonds marins sont les lieux de doubles vies, de rêves ; il s'agit d'oublier l'angoisse du quotidien et aussi quelque part, de trouver un apaisement, de renouer avec un passé que l'épopée angkorienne a occulté.

  • Titre traduit

    The perception of the ocean by the Cambodians


  • Résumé

    Looking for the way Cambodians are considering the ocean, we must face a paradoxal attitude. This people whose economical life is based on rice production, whose family life is organized in small countryside villages ; this population, fairly sticked to his tutorial spirits, is developing through his myths, his tales, his art, a speech dealing mostly with sea animals, fabulous amphibian beings, those half snake, half human nâga, those huge crocodiles which body suddenly trapped in thickening water give birth to a mountain. All this proceeds from one remark : on a physical point of view, the Cambodian land is every year flooded by the waters coming from the overflowing Tonle sap. This phenomenon meets the legend, as in the beginning, the country is supposed to be born after the union of a Brahmin with a local nâgî whose father asked his troops to pump the water out of what was going to become the Khmer kingdom. After that, the kings of Angkor were obsessed by keeping their country out of the sea, which they managed through the import from India of myths dealing with creation and conservation. The Khmer people did follow them, but did not forget their old belief. For them the mountains emerged from the ocean are born through the sacrifice of the crocodile which could also be their ancestor, far before the nâgî. Therefore, the Khmer imagined different rituals to part from their ocean origin, organized different procedures in order to fix their territory and put some distance between them and the threatening ocean. Then, to complete this process, they turned down their fear by transferring their dreams to the sea. The islands, the underwater, became places for second hand lives, in an attempt to forget the hardship of daytime life. Coming back to the spirits of the sea was also in a way, an opportunity to find peace by coming back to a past missed by the Angkor era

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Informations

  • Détails : 2 vol. (572 f.)
  • Notes : Publication autorisée par le jury
  • Annexes : Bibliogr. f. 410-422. Index

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