Les strategies de l'irritation dans les romans de thomas bernhard

par Martine Sforzin

Thèse de doctorat en Études germaniques

Sous la direction de Erika Tunner.

Soutenue en 1999

à Paris 12 .


  • Résumé

    A la premiere lecture, l'oeuvre de thomas bernhard peut apparaitre comme un monochrome en noir, reflet d'un pessimisme d'inspiration baroque, renforce par un nihilisme typiquement moderne. Cependant, entre frost, le premier roman et ausloschung, le dernier, une evolution est perceptible, qui va de l'extreme de la douleur au rire et aboutit a l'affirmation d'une ecriture de l'effacement. L'analyse de l'irritation et de ses strategies permet de cerner au mieux l'enjeu de cette ecriture ainsi que le sens de cette evolution. Eprouvee par des personnages en rupture avec le monde qui les entoure, l'irritation est le symptome d'un moi qui desespere des mensonges du monde, d'une verite que la philosophie s'avere incapable de saisir, d'une existence authentique qui s'avere etre une utopie irrealisable. De frost a korrektur, l'irritation s'impose comme une maniere d'etre au monde qui entraine les personnages dans une spirale suicidaire et les enferme dans le piege de leurs exigences. Toutefois, l'oeuvre ne s'enferme pas dans ses tautologies et apories apparentes ou dans un systeme. Au-dela de korrektur, l'echec est revu sous le prisme d'une reflexion sur l'art qui vient corriger le besoin mortifere d'absolu et de perfection. A la representation d'une verite unique et absolue fait place celle d'une verite possible. L'irritation elle-meme devient une attitude possible qu'il convient surtout de retourner contre le monde, non pour lui opposer un modele de verite mais pour le prendre en defaut. L'ecriture de l'effacement, tout en portant les stigmates du nihilisme, montre la voie d'une resistance a ce nihilisme et d'une possible affirmation du moi. Le fondement n'en est plus l'attachement nostalgique mais utopique a un reve d'accord parfait entre le moi et le monde mais la volonte de s'en guerir et de se construire sur les sables mouvants d'une verite qui sans cesse echappe. L'irritation telle que t. Bernhard la pratique se dessine comme un genre nouveau qui peut s'entendre comme un projet d'emancipation postmoderne.


  • Résumé

    On first reading thomas bernhard's works appear to be a black monochrome, a reflection of a baroque-inspired pessimism, reinforced by a typically modern strain of nihilism. However from his first novel, frost, to his last, ausloschung, one can discern an evolution in which extremes of pain and laughter culminate in the affirmation of a literature of'erasure'. An analysis of irritation and its strategies will throw light on what is at stake in this writing as well as the direction in which it evolves. Experienced by his characters at odds with the world around them, irritation is symptomatic of an id which despairs of the lies on which the world is built, and of finding a truth which philosophy is incapable of grasping, an authentic existence revealed as an unattainable utopia. From frost to korrektur, irritation imposes itself as a way of existing in the world which takes his characters on a suicidal spiral and closes them in the trap created by their own demanding nature. Nevertheless, the work does not seem to reduce itself to the visible tautologies and aporias or in a system. After korrektur, failure is seen through the prism of a reflection on art which corrects the mortal need of absolutes and perfection. The representation of a unique absolute truth is replaced by that of a possible truth. Irritation itself becomes a possible attitude and it is necessary above all to turn it against the world, not to present an alternative model of truth but to reveal its faults. This literature of 'erasure", while carrying the stigmatas of nihilism, shows the way to a resistance to this nihilism and a possible affirmation of self. Its foundation is no longer the nostalgic but utopian attachment to a dream of perfect harmony between it and the world but the desire to cure oneself and to build on these shifting sands a truth which escapes perpetually. Irritation as t. Bernhard presents it becomes a new genre which can be read as a project for post-modern emancipation.

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Informations

  • Détails : 1 vol., 422 p.
  • Notes : Publication autorisée par le jury
  • Annexes : 113 ref.

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  • Bibliothèque : Université Paris-Est Créteil Val de Marne. Service commun de la documentation. Section multidisciplinaire.
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