Esthetique de l'horreur : du jardin des supplices d'octave mirbeau (1899) aux larmes d'eros de georges bataille (1961)

par Claire Margat

Thèse de doctorat en Philosophie

Sous la direction de Gilbert Lascault.

Soutenue en 1998

à Paris 1 .


  • Résumé

    Par le terme d'horreur, on tente de donner un nom a l'innommable, ou une simple indication de ce qui ne peut que rester inimaginable. Une esthetique de l'horreur interdit une ethique de l'indignation. Historiquement, l'horrible se separe du terrible comme le reel du fictif. Mais, si elle doit etre situee historiquement, l'esthetique de l'horreur peut aussi relever d'une esthetique transcendantale, d'une theorie de la connaissance qui cherche les formes simultanees d'une apparition et d'une occultation, et d'une theorie de l'art qui s'efforcerait de reperer l'horreur a meme les oeuvres. Le jardin des supplices d'octave mirbeau constitue ainsi un manifeste de l'esthetique de l'horreur. L'horreur se definit comme ce qui permet la presentation des visages de l'inhumain. Elle peut etre etudiee a travers certains de ces visages : la pourriture, l'animalite, l'araignee. . . La premiere moitie du xxeme siecle voit se developper, a la fois dans la litterature, le cinema et l'iconographie, une esthetique de l'horreur dont georges bataille, qui en est un temoin privilegie, s'efforce d'etre le theoricien. L'image photographique d'un supplicie chinois, avant d'etre particulierement investie par bataille, doit son succes mediatique a la pluralite de ses interpretations. Les usages de l'horreur doivent etre distingues pour opposer le recours a l'image dans une pratique religieuse a l'esthetisation de l'horreur par un regard sadien. Pour bataille, giacometti, leiris, l'art comme "exercice de la cruaute" nous offre l'occasion d'une rencontre avec l'horreur qui s'accompagne de la destruction du sujet dans l'art moderne. La nausee sartrienne, le surrealisme formulent dans le meme temps d'autres versions de cette esthetique de l'horreur. Au lieu de figurer pour nous comme l'appat d'un piege, l'esthetisation de l'horreur peut jouer un role novateur d'alarme et de revelateur : seule l'horreur revelee par l'art rend possible de regarder l'horreur du reel en face.

  • Titre traduit

    The aesthetics of the horror. From le jardin des supplices by octave mirbeau (1899) to les larmes d'eros by georges bataille


  • Résumé

    When using the word horror, one attempts to give a name to the unnameable, or at least to point to what remains ultimately unimaginable. An aesthetics of the horror precludes an ethic of indignation. Historically, the horrible is separate from the terrible, just as reality is from fiction. However, if we are to situate the aesthetics of the horror in a historical perspective, we must recognise that it can also partake of a transcendantal aesthetics, of a theory of knowledge which looks for the simultaneous forms of apparition and occultation, and of a theory of art which strives to find the horror in the works of art themselves. Thus octave mirbeau's le jardin des supplices is a kind of manifesto for the aesthetics of the horror. The horror being defined as what permits to show the figures of the inhuman, it can be studied through some of these figures: rottenness, animality, the spider. . . The first half of the xxth century saw the parallel development in literature, the cinema and the pictorial art, of an aesthetics of the horror whom georges bataille, as a priviledged witness, attempted to be the theoretician of. The photograph of a chinese torture victim, before it was commented on by georges bataille, owed its public success to the multiplicity of its interpretations. The different uses of horror must be scrutinized in order to oppose the use of images in the religious realm from that in the sadian aesthetics. For bataille, giacometti and leiris, art as an "exercise of cruaulty" gives us an opportunity to meet with the horror which entails the destruction of the subject in modern art. At the same time, other versions of this aesthetics of the horror feature in the sartrian nausea or surrealism. Instead of acting as the bait in a trap, the aesthetics of the horror can play the role of an alarm signal: only through the horror as revealed by art can we face the horror of reality.

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Informations

  • Détails : 2 vol. (500 p.)
  • Notes : Publication autorisée par le jury
  • Annexes : 321 ref. Index

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