Mal-dit, mal-entendu : la transmission du souvenir de la Choah dans les familles

par Véronique Denarié-Gentil

Thèse de doctorat en Sociologie

Sous la direction de Yves Chevalier.

Soutenue en 1997

à Tours .


  • Résumé

    Mal-dite, mal-entendue, la Choah fut d'abord, pour ceux sur qui elle s'est abattue, une horreur indicible. Définissable en termes de traumatisme paradigmatique (à l'origine du questionnement sur la notion de crime contre l'humanité), sorte de « hove » massif et sans précédent, (terme hébreu mettant l'accent sur la mise en suspens du temps dans une sorte de présent figé, ce qu'est tout événement catastrophique) le judéocide peut-il, et comment, s'intégrer dans les mémoires familiales juives et non peser de tout son poids de morts innombrables, au deuil non perlaborable répercutant ses séquelles de générations en générations ? La réponse, en forme de pari, constitue le postulat fondateur de cette recherche : il est possible, aux porteurs de l'identité blessée, de se dégager des séquelles de la rencontre avec le mal. A l'écoute des récits de vie-témoignages des personnes directement touchées et des récits de leurs enfants et petits-enfants de fait témoins de témoins, ainsi qu'à l'appui de toute la création littéraire (particulièrement abondante sur la Choah), le chercheur s'est voulu participant à ce qui peut être perçu et analysé comme un vaste processus de transformation-transmission d'une réalité mortifère en expérience vécue, obligeant chacun à s'affronter de manière personnelle, et innovatrice, à la question du sens. Ce processus, loin d'être linéaire, s'apparente quelque peu à une aventure labyrinthique où l'individu cherche son propre axe existentiel à travers toute une série d'étapes auxquelles contribue l'ensemble des forces collectives. En effet, simultanément et de manière dialectique, s'opère le travail du temps (la possibilité, pour les nouvelles générations d'oser questionner les témoins directs, parents et grands-parents) et s'activent les forces collectives : recherches des historiens, permettant de vérifier comment l'incroyable s'est réellement produit, jugements des assassins, commémorations et rites de deuil collectif, reconstitution de la judaïcité en Europe occidentale ; sans oublier les nouveaux événements, et d'abord la création de l'Etat d'Israël, dont la succession temporelle, après la Choah, ne laisse pas d'être ambigüe. Se dégager des séquelles de la rencontre du mal fait à l'homme par l'homme ne se révèle en fait possible que de manière hautement paradoxale : en s'engageant. C’est en s'interrogeant sur sa place dans l'histoire familiale…


  • Résumé

    Wrongly told, wrongly heard, the holocaust (Shoah) was, first and foremost, for those were caught in it, unspeakable horror. While definable in terms of paradigmatic trauma (in which the questionning on the notion of crim against humanity finds its origin), a kind of massive and unprecedented hove (a hebrew word which stresses the suspension, in a kind of congealed present, of all that constitutes a catastrophic event), can the mass murder of jews be integrated in jewish family memories, and how? Or will it weigh with the burden of the innumerable deaths, the mourning for which cannot be perlaborated, and carry its after-affects through the succession of generations? The answer is the founding postulate of this study: it is possible, for those who carry the wounded identity, to free themselves from the consequences of the encounter with evil. Having listened to the life stories-testimonies of individuals who were directly involved, and to the stories of their children and grand-children- witnesses of witnesses - and with the support of the profuse lieracy creation which the Shoah has generated, the author of this study wants to be participant in what can be perceived and analyzed as a vast process of transformation-transmission of a death-carrying reality into living experience, that forces every one to confront the question of meaning in a personnal and novel way. This process, far from being linear, is to be somehow compared to a labyrinthine experience, wherein the individual searches for his or her existencial axis, through a series of steps to which the totality of collective forces contribute. Indeed, simultaneously and in a dialectic manner, the work of time (the possibility for new generations to dare ask questions to the direct witnesses, either parents or grands-parents) operate, and the collective forces get activated: historical research, which verifies how the incredible actually happened, trial of the murderers, commemorations and collective mourning, reconstruction of jewish communities in western europe, not to speak of recent events and first of all creation of the state israel, the emergence of which is by no way unambiguous. To free oneself of the aftermath of the encounter with the wrong perpetrated by man on human beings is in fact possible only in a highly paradoxical manner: through personal involvement. It is by confronting the quest…

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Informations

  • Détails : 2 vol. (640 f.)
  • Notes : Publication autorisée par le jury
  • Annexes : 596 ref.

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  • Bibliothèque : Université François Rabelais. Service commun de la documentation. Section Lettres.
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