Une poetique de la recitation : langage et morale dans l'oeuvre de villiers de l'isle-adam

par Anne Le Feuvre

Thèse de doctorat en Littérature française

Sous la direction de Claude Leroy.

Soutenue en 1997

à Paris 10 .

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  • Résumé

    La "recitation", question omnipresente dans l'oeuvre de villiers de l'isle-adam, designe la stereotypie, l'eternelle repetition des paroles humaines. De fait, pour villiers, le langage ne fait, comme l'existence, que se repeter. Ce probleme de la recitation est chez villiers a la source d'une morale et d'une theologie du langage : theologie, car villiers assimile la repetition, qui fait tomber la parole dans la "decheance", au peche originel, et la met explicitement sous le signe du demoniaque ; morale, puisque la stereotypie inevitable des paroles humaines pose le probleme de la mauvaise foi inherente au langage humain, qui separe cruellement les emotions de leurs expressions (les cliches rebattus), et transforme les hommes tantot en acteurs "recitant" des roles, tantot en machines repetant mecaniquement des "phrases" toutes faites. Par ailleurs, l'oeuvre morale est pour lui, comme il l'explique dans le candidat, celle qui imite la stereotypie (la "sottise") pour mieux la combattre. L'analyse de la recitation pose en outre la question de l'imitation, et du rapport de villiers a ses modeles : entre autres baudelaire, shakespeare et wagner, qui "recite" lui aussi, et qu'il presente comme son double, un double ambivalent, puisque fascinant et repoussant a la fois. C'est donc sous le signe du double, de l'"oscillation" et de la permanente "reversibilite" que villiers elabore sa poetique wagnerienne. Pour sortir de l'impasse de recitation, qui sclerose le langage, et va jusqu'a figer la parole de l'ecrivain, atteinte elle aussi par la stereotypie, villiers recourt d'abord au silence ; mais plus souvent, il projette, de maniere toute cathartique, sa propre stereotypie sur des boucs emissaires. Ii tente aussi de mettre en oeuvre une poetique du mouvement, de la variation et de la reecriture. C'est enfin paradoxalement par le biais de la legende, une forme poetique qui repose sur l'imitation, qu'il entreprend de combattre la recitation : en elaborant, dans les oeuvres de la fin de sa carriere, une "anti-legende" sous le signe de faust, villiers s'affranchit de ses "peres" litteraires (qu'il presente comme des avatars du christ), trouvant dans le mythe de faust, mythe de revolte contre le pere, un moyen de conquerir son originalite et de naitre, enfin, a lui-meme.


  • Résumé

    "recitation", a problem ever present in villiers de l'isle-adam's works, means stereotypy, eternal repetition of human speech : according to villiers, language keeps repeating, as life does. This problem of "recitation" is for villiers source of an ethic and theology of language : theology, because villiers assimilates repetition, which brings speech to its fall, with original sin, and considers it explicitely as something demoniac ; ethic, because the unescapable stereotypy of human speech brings the question of bad faith inherent to human language, which separates feelings from their expression (constantly repeated cliches), and turns men at times into actors "reciting" parts, at times into machines repeating mechanically ready-made sentences. A moral work is for him, as he explains in le candidat, that which imitates stereotypy ("sottise") in order to fight it better. The analysis of "recitation" brings also the question of imitation, and the relations between villiers and his models, among them baudelaire, shakespeare and wagner, who "recites", too : he pictures him as his double, an ambivalent one, both fascinating and repelling. Thus under the sign of the double, of oscillation and of permanent reversibility, villiers builds his wagnerian poetics. To get out of the impasse of recitation, which freezes language and even the writer's words, themselves stereotyped, villiers resorts to silence first ; but more often, he projects, in a very cathartical way, his own stereotypy onto scapegoats. He also tries to use poetics of movement, variation and rewriting. Paradoxically, it is through the means of legend, a poetic form resting on imitation, that he undertakes to fight recitation : when creating, in his late works, an "anti-legend" under the sign of faust, villiers becomes free from his literary "fathers" (whom he presents as avatars of christ), finding in the myth of faust, myth of the revolt against the father, a means of conquering his own originality and being born, at last, to himself.

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Informations

  • Détails : 1 vol., 475 p.
  • Notes : Publication autorisée par le jury
  • Annexes : 288 ref.

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  • Bibliothèque : Université Paris Ouest Nanterre La Défense. Service commun de la documentation.
  • Disponible pour le PEB
  • Cote : T 97 PA10-159
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