Le traitement voltairien du conte

par Pierre Cambou

Thèse de doctorat en Littérature française

Sous la direction de Jean Dagen.

Soutenue en 1997

à Paris 4 .


  • Résumé

    Le conte voltairien est moins une fiction litteraire qu'un concept et un instrument philosophiques: ce traitement etait autorise par le statut mineur et le discredit du genre, mais aussi par la mode du conte feerique et oriental qui ranimait une tradition parodique ancienne et multipliait les variations sur le genre. Le paradoxe voulait qu'il fut meprise mais pratique, reconnaissable mais prive de codification etablie. Voltaire, dans l'essai, lui donne un sens et une place dans l'histoire de l'esprit humain: le terme s'y charge d'une symbolique et designe les efforts de la raison commencante, une tentative d'explication du monde. Mais, au xviiie siecle, il ne designe plus qu'une survivance du dogmatisme avec ses tares, esprit de systeme, raisonnement analogique, langage metaphorique, affabulation en lieu et place d'argumentation, un archaisme dont voltaire etend le champ d'application, de la religion a tous les domaines du savoir, meme scientifique. Par consequent, les contes en vers et en prose demarquent plus ce concept que le conte proprement dit, et ils le parodient moins qu'ils n'en font la critique interne sur le mode narratif. C'est ici en effet que la poetique moderne rencontre l'analyse et l'ecriture voltairiennes: la caricature des fonctions majeures du conte contribue au projet philosophique puisque l'ironie altere la codification d'un genre qui cesse de reproduire ses propres motifs et de celebrer ses propres valeurs, pour s'ouvrir sur l'histoire et devenir ce lieu dialogique ou s'affrontent, s'echangent et evoluent les idees contemporaines. C'est ainsi qu'en revenant sur ses modalites et ses finalites le conte acquiert une nouvelle symbolique et temoigne de la mutation culturelle des lumieres. Au total, des contes critiques et inaccomplis, pris dans leur evolution vers d'autres modes d'expression qui interrogent le reel, au terme d'un travail d'alteration et d'adaptation si paradoxal et cynique qu'il tire du traitement meme une valeur litteraire inattenue. Cet exercice, nous le nommons la gageure et le saugrenu.

  • Titre traduit

    The voltaire's treatment of the tale


  • Résumé

    Voltaire's tale is less a fictional text than a philosophical concept, a philosophical tool: that approach was made possible by the lesser status and the discredited reputation of a genre as well as by the favour enjoyed by the oriental tale and the fairy tale, which revived an older tradition of parody, and played endless variations on the genre. Paradoxically, the genre was both despised and in fashion, had a recognizable identity but no recognized set of rules. Voltaire, in his essai, gives it a meaning and a part in the history of the human mind: from then on the word is associated with a new symbolism and the beginnings of reason, with an attempt to interpret the world. At this stage in the 18th century, it is nothing but a remnant of dogmaticism with its flaws, systematic procedures, analogical reasoning, metaphorical language, it trusts fiction rather than argumentation, it has become archaic. Voltaire will widen its range to religion, to all the fields of learning, including science. Consequently, the contes en vers et en prose are not simply tales but a reflection on the symbolism of the tale, no parody but a critical commentary from the inside, on the narrative mode. Today's poetics meet voltaire's analysis and style there: the caricature of the major functions of the tale is part of the philosophical project since irony bends the rules of a genre which stops repeating endlessly its own motifs and extolling its own values, to tackle history and become that dialogical space where contemporary ideas confront each other and evolve. Thus, by revising its form and its aims, the tale accedes to a new symbolism and attests to the cultural change in the age of enlightenment. These tales call the tale into question; open-ended, they evolve into other modes of expression, probe the real world, after such a paradoxical and cynical process of change and adaptation that they draw from this very "treatment" an unexpectated literary value. That exercise is what we call the challenge and the incongruous.

Autre version

Cette thèse a donné lieu à une publication en 2000 par H. Champion à Paris

Le traitement voltairien du conte


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Informations

  • Détails : 2 vol., 768 p.
  • Notes : Publication autorisée par le jury
  • Annexes : 169 ref.

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