Le travail par le rire ( essai d'anthropologie sur les rapports de domination entrepreneuriale )

par Jean-Pierre Frappier

Thèse de doctorat en Sociologie

Sous la direction de Jean-Paul Molinari.

Soutenue en 1997

à Nantes .


  • Résumé

    Phenomene recent lie a l'emergence du management participatif, l'utilisation du rire par ceux qui dirigent les entreprises se traduit par un tres net renforcement de la domination qu'ils exercent sur les salaries. Sur le lieu de travail, le rire fait l'effet d'une ruse extravagante qui favorise l'engagement du personnel par la mise a distance de ses pulsions et de ses emotions, s'appuie sur des processus en partie inconscients, et clot sur lui-meme l'espace de resistance precedemment ouvert. En france, cette ruse extravagante se justifie d'autant plus qu'il n'existe pas d'affinites electives entre les formes de la croyance religieuse et l'esprit du capitalisme. Elle adoucit la perte d'autonomie dont est victime le personnel en reactivant chez lui le fascinant souvenir de la prime enfance. Elle confere aux entrepreneurs un surcroit de legitimite qui leur permet d'engager "l'entreprise citoyenne" sur le chemin de "la guerre economique" ( avec constitution a l'exterieur de l'entreprise d'une armee de reserve dans laquelle ils iront puiser si le besoin s'en fait sentir, et organisation militaire a l'interieur de l'entreprise ). Mais les consequences de cet engagement ludique par le rire ( auquel fait pendant l'engagement ludique par le sport) se font deja sentir, signe de la difficulte d'une proportion croissante de salaries a supporter la scission entre l'imaginaire prone par ceux qui dirigent les entreprises et la realite qu'ils vivent quotidiennement. Le piege peut t-il se refermer sur ceux qui l'ont pose ? l'histoire nous incite a penser que oui.


  • Résumé

    A recent phenomenom linked to the emergence of participary management, the use of laughter by those who manage firms is translated by a very distinct reinforcement of the domination exercised over employees. In the workplace, laughter has the effect of an extravagant ruse which favours the participation of staff by keeping their drive and their emotions in the background, leans on partly subconscious processes, and closes what was a previously open space for resistance in on itself. In france, this extravagant ruse is justified all the more so since elective affinities between forms of religions belief and the spirit of capitalism do not exist. The ruse eases the loss of autonomy, of which staff are victims, by reactiving amongst them the fascinating memory of their earlest childhood. It imparts an increased legitimacy to entrepreneurs, allowing them to engage the "citizen firm" on the path of "economic war" ( with the constitution, outside the firm, of a reserve army on which to draw il the needs arises, and of military organisation within the firm ). But the consequences of this gamelike participation through laughter ( to which a parallel with gamelike participation through sport can be drawn ) are already making themselves known, a sign of the difficulty faced by an increasing proportion of employees in enduring the scission between the make-believe lauded by those who run the firms and the everyday reality experienced by those employees. Could the trap close on those that set it ? history incites us to believe so.

Consulter en bibliothèque

La version de soutenance existe sous forme papier

Informations

  • Détails : 2 vol., 677 p.
  • Notes : Publication autorisée par le jury
  • Annexes : 199 ref.

Où se trouve cette thèse ?

  • Bibliothèque : Université de Nantes. Service commun de la documentation. Section Lettres - Sciences humaines.
  • Disponible pour le PEB
  • Bibliothèque : Université de Nantes. Bibliothèque de sociologie Frédéric Mollé.
  • Non disponible pour le PEB
Voir dans le Sudoc, catalogue collectif des bibliothèques de l'enseignement supérieur et de la recherche.