Figuration du divin, figuration de soi : mythe et liturgie chez Mallarmé, George et Yeats

par Laurent Mattiussi

Thèse de doctorat en Littérature comparée

Sous la direction de Jean-Louis Backès.

Soutenue en 1996

à Tours .


  • Résumé

    Dans Offices, Mallarmé érige en modèle esthétique la figuration liturgique, dont les gestes stylisés indiquent l'invisible, ce "soi" qui est dieu et qui, se tenant en retrait au tréfonds de l'intimité humaine, ne peut être saisi dans les formes courantes de la rationalité et de la vie sociale, d'où la triple métaphore symboliste de la séparation : hermétisme, aristocratie, élection. Le geste liturgie du poème opère une soustraction : il retranche du réel un temps et un espace sacrés, cercle magique que sont l'ile de prose, la vitre des fenêtres ou chez Yeats une étreinte rêvée, métaphore d'un éden fictif où les choses sont restituées à leur virginité, ou se produit une idéalisation du monde qui permette sa superposition avec le ciel intérieur de l'âme. Dans cette fête qu'est le poème, le geste réactualise le jaillissement premier du monde, fait surgir une enfance fictive de la terre, annule les conséquences de la chute réinterprétée comme la distance qui sépare la réalité du rêve, ressaisit le soi originaire dans le mythe pour raviver symboliquement la banalité, il sacre et glorifie. L'idéalisation liturgie et poétique exige une double forme d’abstraction, dématérialisant et schématisant, éclairée à la lumière de la théorie kantienne du schème comme instrument de passage et de participation, dans les deux sens, du matériel au spirituel, du concret à l'abstrait, du visible, comme instrument de suggestion indirecte et de figuration mythique. Le geste poétique volatilise les êtres pour libérer une forme schématique, idéale, susceptible de coïncider avec les "rythmes essentiels" du soi, de sorte qu'advienne une correspondance symbolique entre le réel et ce que rêve en l'homme sa part métaphoriquement divine en tant que créative et récréative. Sont étudies chez les trois auteurs, dans cette perspective de l'abstraction mythique et liturgie suggérée par Mallarmé, plusieurs figures ainsi que deux schèmes essentiels de leur poésie : le schème baptismal et celui du néant irradiant, qui visent à produire une restauration de l'être sans sa splendeur originelle.

  • Titre traduit

    The figuration of the divinity as self-figuration : myth and liturgy in Mallarmé, George and Yeats


  • Résumé

    Mallarmé suggests in Offices that liturgical figuration is an aesthetic model: its stylized gestures point to the divine "self" which, hiding in our inmost being, cannot be apprehended in the trivial ways of rationality and social life. The terms related to hermetism, aristocracy and elitism are metaphors of that constitutive separations. The liturgical gesture in the poem cuts off a sacred time and a sacred space from the everday life, for instance the island of prose, the pane of les fenetres, the dreamed embrace of politics or the opening through the branches in weihe. This magical circle is a fictitious Eden where things recover their virginity and where the world is subjected to an idealization which performs its superposition with the inner sky of the soul. The poem is an analogue of the religious festival : its function is to rejuvenate the world through the liturgical gesture. It permits a return to a dreamed childhood of the earth, it cancels the outcome of the fall, understood as the gap between dream and reality, in an attempt to grasp the original self through the myth and to recognize it in the symbolically revived, glorified and crowned banality. The kantian theory of schematism sheds light on this process of idealization which involves two forms of abstraction: a dematerializing and a schematizing one, insofar as the scheme carries ou the passage, in both directions, between abstractedness and concreteness. The scheme is an instrument of indirect suggestion and of mythic figuration which ensures the participation of the visible in the invisible. Thus, the poetic gesture discloses the ideal form of things through their volatization and brings about a correspondence between the idealized world and the "essential rythms" of the dreaming part in man. Several poetical figures and schemes are scrutinized accroding to this conception of liturgical and mythical abstraction.

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