La souffrance humaine chez Anton Tchekhov

par Corinne Fontaine

Thèse de doctorat en Études slaves

Sous la direction de Louis Allain.

Soutenue en 1994

à Lille 3 .


  • Résumé

    En qualité de médecin et d'écrivain, Anton Čexov aura consacré une grande partie de sa vie et de son œuvre à l'étude de la nature humaine. Atteint de tuberculose et condamné dès sa jeunesse à une existence ponctuée par les affres de la maladie, Čexov acquiert la conviction profonde que la souffrance est inhérente à la condition du vivant et qu'il est du devoir de l'homme de tenter de réduire son caractère intolérable. Naturaliste de formation, l'écrivain russe ne peut en effet accepter la fatalité de la douleur, et voue une confiance absolue au Progrès scientifique et social qui sera seul capable à ses yeux de rendre à l'homme son intégrité physique et sa dignité morale. Mais la souffrance n'est réductible que dans des proportions limitées : les structures insuffisantes de la société humaine où sévissent mesquinerie, corruption et autres aberrations, génèrent moult fléaux qui trouvent leurs correspondances sur la seule île de Sakhaline que visite Čexov en 1890. De plus, les contingences de la vie quotidienne, l'immanence de la mort et l'absence de divinité (Čexov est un auteur athée) achèvent de rendre dérisoire toute tentative de révolte et anéantit les velléités d'espoir du héros tchekhovien. Proche de l'Ecclésiaste biblique, ce dernier dénonce "la vanité des vanités" qui qualifie son existence. Ayant appris que "Dieu a été oublié", il promène sa vacuité et son ingérable liberté sur les bords d'un Néant mystique : il découvre que ses rêves n'ont que d'illusoires objets et qu'il souffre donc "pour rien". Čexov a-t-il vraiment tué les espoirs humains, ainsi que le suggère le philosophe Lev Šestov ? Les tentations sont grandes d'adhérer à cette idée. Mais Čexov est beaucoup trop subtil pour se laisser "enfermer" dans n'importe quel système de pensée. Toute son œuvre s'ouvre, en fait, sur une nouvelle conception de la compassion : il ne s'agit plus désormais d'avoir de la pitié pour le souffrant, mais de souffrir avec lui jusqu'au dénuement, jusqu'au pardon. Incarnée par le dernier grand héros de la prose tchekhovienne, l'Evêque Pe͏̈tr, la compassion est la seule réponse que puisse apporter Čexov à la souffrance humaine, définitivement injustifiable. Ni mensonge obligatoire, ni consolation facile, elle serait l'attitude qui respecterait le mieux la tragédie de l'homme. Il reste à savoir si Čexov est chrétien, humaniste ou. . . Cynique. Le débat est ouvert. . .


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Informations

  • Détails : 163 f.
  • Notes : Publication autorisée par le jury
  • Annexes : Bibliogr. f. 151-159. Index des œuvres citées

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  • Bibliothèque : Université Charles de Gaulle. Service commun de la documentation.
  • Non disponible pour le PEB
  • Cote : 50.377-1994-40
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