Thèse soutenue

Le gouvernement de la famille : régulation publique et maîtrise privée du conflit conjugal en Italie, 1965-1975

FR
Auteur / Autrice : Dominique Memmi
Direction : Alain Lancelot
Type : Thèse de doctorat
Discipline(s) : Science politique
Date : Soutenance en 1987
Etablissement(s) : Paris, Institut d'études politiques

Mots clés

FR

Mots clés contrôlés

Résumé

FR  |  
EN

En dix ans, à partir du milieu des années soixante, l'ensemble de l'Europe a connu un bouleversement de son droit de la famille, accompagné d'un changement des pratiques et des représentations quant au mode de gestion de la relation familiale. Comment cela se traduit-il du point de vue du contrôle que l'Etat exerce sur la famille ? On se demandera ce qui a changé dans la division des tâches entre régulation publique et régulation privée des relations familiales, à travers l' analyse de l'évolution à cet égard des relations conjugales et dans le contexte de l'Italie où la prise en charge de celles-ci s'est faite avec une particulière brutalité et visibilité en faisant l'objet d'un débat national à l'occasion du référendum de 1974 sur le divorce. Un tel événement signale bien le triomphe dans les représentations collectives d'un nouveau mode légitime de gestion de la difficulté conjugale. Désormais reconnue comme potentiellement insoluble, fortement dramatisée, elle est réputée devoir échapper à la maîtrise des conjoints et relever d'une prise en charge collective et étatique. Elle est assimilée à un risque ''normal'' de la vie privée, réclamant une régulation par une instance neutre ; seuls l'Etat et ses représentants semblent capables d'assumer cette fonction. On retrouve dans l'évolution du dispositif juridique de l'époque concernant la relation conjugale et dans la décennie des débats qui l'ont accompagnée, une construction similaire. L'importance que prend le conflit conjugal appelle la mise en place d'une multitude de procédures de régulation publique du conflit, au point qu'on assiste à une ébauche de contrôle total de ce dernier par l'Etat. Mais l'examen des pratiques sociales effectives signale une consommation très sélective de ce dispositif. La clientèle des tribunaux ou des services sociaux déjoue la plupart des tentatives de contrôle sur la conflictualité privée. Pure reconnaissance de l'insolubilité du conflit, réparation : voilà ce à quoi se limite en fait la demande faite à l'Etat. Réduit au rôle d'Etat-providence, il est chargé d'affronter qui est considéré désormais comme un risque social comme un autre.